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Djouman
Innover pour le développement durable en Afrique
Le marché des déchets en Afrique le 25/01/16

L’Afrique génère 80 à 100 millions de tonnes d’ordures chaque année et le recyclage des déchets est encore mal assuré, mais cette activité a le potentiel pour devenir un secteur prospère. La quantité d’ordures produite chaque année ne fait que croître. Pour l’Afrique, comme pour l’Europe au XIXème siècle, le développement durable et équitable commence par se pencher sur la gestion des poubelles.

 

 

 

La question de la gestion des déchets se pose d’autant plus fortement pour les pays africains, qui, avec la croissance urbaine, souffrent de structures publiques faibles, particulièrement inadaptées à la collecte des ordures dans les grandes villes. Par exemple à Brazzaville ou à Pointe-Noire, au Congo, le premier obstacle tient au manque d’espaces où jeter ses poubelles, et des tas de déchets jonchent quotidiennement les rues. Les bacs à ordures collectifs sont rares, mal indiqués, souvent éloignés, insuffisants en nombre et donc forcément vite saturés. Les autres exemples sont nombreux, de Nairobi à Dakar en passant par Le Caire. Dans certains pays en développement, une tendance même est apparue : l’exportation des déchets vers des pays où des entreprises sont mieux spécialisées.

Or selon la Banque mondiale, en Afrique, plus de 50% des déchets sont organiques, et seraient donc gérés au mieux si collectés sur place, rapidement, et transformés en compost par exemple. Des initiatives se mettent tout de même en place. Mieux organisée, des filières de collectes des déchets pourraient se concentrer sur les déchets biodégradables, facilement valorisables.

Au Maroc, en 2014, le ministère de l’Environnement a inscrit à son agenda la réhabilitation et la fermeture de décharges ou encore l’aménagement de casiers pour 34 centres ruraux et la mise en place de centres d’enfouissement et de valorisation des déchets ménagers pour quatre autres centres, le tout pour un coût global d’environ 595 millions de dirhams (54 millions d’euros).

Au Sénégal, le gouvernement tentent de convaincre les entreprises de s’engager à soutenir le projet « un Sénégal zéro déchet ». Selon Abdoulaye Diouf Sarr, ministre de la Gouvernance locale, du Développement et de l’Aménagement du territoire, « la lutte contre l’insalubrité et l’encombrement ne peut être gagnée sans l’engagement et l’implication des entreprises, quel que soit leur secteur d’activité ». Il s’exprimait fin décembre lors d’un atelier de discussion sur ce thème. Selon l’agence APA (Agence Africaine de Presse), il a invité les entreprises sénégalaise à rejoindre l’initiative « Entreprise zéro déchet », structurée autour des axes suivants : tri au bureau afin de réduire, recycler et valoriser les déchets en interne ; parrainage d’espaces publics à proximité du siège de l’entreprise par l’aménagement ; et entretien et sponsoring du projet « quartier zéro déchet » par le financement de certaines activités et des récompenses aux lauréats. Une loi a également été votée au Sénégal, le 21 avril 2015, pour interdire la vente, la production, la détention et l’importation des sachets plastiques. Les contrevenants risquent des peines pouvant aller jusqu’à 20 millions de francs CFA d’amende (30 000 euros) et deux ans de prison.

A Dakar, l’amélioration de l’assainissement a commencé par une meilleure connexion du réseau d’égouts vers les collecteurs enterrés des eaux usées. La qualité des eaux rejetées en mer est désormais vérifiée par le ministère de l’Environnement. L’office national de l’assainissement du Sénégal (ONAS) assure aussi une « police des réseaux » avec le contrôle de la qualité des raccordements des industries.

Vingt-cinq pays du continent ont adopté des législations en ce sens, dont le pionnier est le Rwanda qui a mis en place l’interdiction totale du sachet plastique dès 2008.

Autre exemple positif : à Abidjan, en Côté d’Ivoire, une campagne d’élimination et de recyclage des déchets électriques et électroniques, baptisée « E-Waste » a permis de collecter en trois mois 60 tonnes de déchets, depuis octobre dernier. Mis en place par le groupe Ericsson – Côte d’Ivoire, opérateur technique dans ce projet, l’objectif est de développer une conscience environnementale dans le pays. Le traitement des déchets se fera ensuite à Durban, en Afrique du Sud, et au Pays-Bas.

L’avenir semble bien être dans l’utilisation des déchets comme ressources – pouvant servir à la production d’énergie, au réemploi de certains objets – des solutions pouvant limiter l’impact de l’homme sur la planète, tout en permettant la création d’emplois « verts » durables.

Pour rentrer complètement dans l’économie verte, les entreprises de recyclages et de traitements des déchets africaines vont devoir relever ce défi de la valorisation. Ce qui demande bien sûr des soutiens financiers. Un Fonds pour l’Economie verte en Afrique centrale a par exemple vu le jour en 2014. Les initiatives locales, notamment des mairies, pourraient également jouer un grand rôle dans la création de partenariats dynamiques et exigeants pour la gestion des déchets et la protection de l’environnement urbain en respect avec le développement économique en Afrique.

 

Crédit photos: Smart pics Smart237.com

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Un commentaire :

  1. Rafaela ESSAMBA a écrit the 25/01/2016 at 19:41 :

    Bonjour Murielle,
    merci pour cette contribution qui a le mérite de dresser un état des lieux sobre sans tomber dans le fatalisme habituel. Beaucoup de pays africains vivent actuellement une période de transition dans plusieurs secteurs dont l’urbanisme et l’environnement.
    Le point clé de cette transition environnementale et urbaine est de redéfinir le déchet: les déchets ne sont plus en bout de chaîne économique (en tant qu’élément irrécupérable de quelque chose) mais en début. » Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » comme dirait Lavoisier.
    Et cela beaucoup l’ont compris notamment des entrepreneurs qui se lancent de plus en plus sur ce marché car ils ont compris qu’il fallait appréhender les défaillances structurelles non comme des obstacles mais comme des opportunités économiques.
    Malheureusement je constate que les acteurs publics restent encore en marge de ce marché. Ni la volonté ou ni les politiques publiques qui font défaut mais de vraies actions concrètes avec des impacts visibles.
    A mon humble avis, ce qui fait beaucoup défaut dans les différents plans d’action adoptés par les différentes parties prenantes en matière d’assainissement et de gestion des déchets c’est la réflexion sur la conduite de changement. Car pour moi au-delà du manque ou de la faiblesse des infrastructures, valoriser les déchets appelle à modifier les comportements et les habitudes solidement ancrées chez les citoyens.
    Plusieurs exemples infructueux ont probé qu’il ne suffit pas d’instaurer des lois (pour la plupart restrictives) pour voir une amélioration des conditions de vie; il faut accompagner les citoyens dans cette démarche et aussi proposer de vraies alternatives, des alternatives viables dans le contexte local (et non importées).
    Nous sommes sur la bonne voie mais beaucoup reste encore à faire: et je crois beaucoup aux acteurs économiques, aux entrepreneurs sociaux qui croient en cette économie circulaire comme moyen de colmater les fissures des politiques publiques.

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